Bosnie, une dislocation inéluctable ?

Écrit par sur 22 février 2022

Pour cette nouvelle édition de Géopolis, toute l’équipe de la rédaction bruxelloise d’Euradio s’est rendue en Bosnie-Herzégovine pour tenter de décrypter la situation, née de la volonté de la partie serbe d’entamer un processus de sécession.

Dépasser les fantômes du passé

En 1995, le terrible conflit qui avait déchiré l’ex-Yougoslavie pendant près de 4 ans, laissant la Bosnie particulièrement meurtrie, prenait fin. Dans ce pays, la guerre avait été encore plus rude qu’ailleurs, du fait de la diversité de peuplement du pays. En effet, des Bosniaques musulmans, des Serbes ou encore des Croates y cohabitaient de manière particulièrement imbriquées.

Si la guerre ne supprima pas le caractère multiethnique de la Bosnie, elle changea tout de même singulièrement la situation. Aujourd’hui, elle est toujours peuplée de Bosniaques, de Serbes et de Croates mais la guerre et son cortège de nettoyages ethniques mit fin à la mixité qui existait jusqu’à la guerre. Sarajevo, capitale autrefois multiculturelle, est aujourd’hui peuplée à 90 % de Bosniaques musulmans. Quant à la région serbe, la Republica Srbska, elle ne compte quasiment plus de population musulmane. Seule la partie du pays qu’on appelle “la Fédération” est encore relativement mixte, regroupant des populations bosniaques et croates.

Un pays où chacun vit relativement séparé ?

Après la guerre, la communauté internationale imposa les accords de Dayton, mettant en place un système politique qui avait vocation à permettre à la Bosnie de survivre en tant qu’Etat. Ces accords prévoyaient une structure politique très complexe permettant à chacune des communautés d’être représentées avec un Etat central très faible.

Les difficultés liées à cette structure persiste encore aujourd’hui, où pour ne rien arranger, la partie serbe pratique la politique de la chaise vide dans certaines des institutions fédérales, les rendant complétement inopérantes. La communauté internationale y maintient d’ailleurs toujours un représentant international, une sorte de proconsul qui tente de sauver ce qui peut l’être.

Un Etat menacé d’implosion

Cet état déjà très fragile est aujourd’hui menacé d’implosion alors que les autorités de la partie serbe de la Bosnie, la Republika Srpska, viennent d’annoncer qu’elles entamaient un divorce avec le reste du pays en créant, notamment, leur propre armée.

Depuis longtemps déjà, la Republika Srpska et son homme fort Miroslav Dodic ne font pas mystère de leur volonté de faire sécession de la Bosnie. Toutefois, un nouveau pas a été franchi le vendredi 10 décembre 2021, avec le vote par le Parlement de l’entité serbe de lois actant cette séparation dans un délai de 6 mois. Ces lois concernent la défense (armée et services de renseignement), la justice et la fiscalité. Si elles venaient à être validées, ce serait de fait une déclaration d’indépendance.

La communauté internationale s’inquiète

En partie soutenue par la Russie et la Hongrie, cette annonce de sécession créé une tension considérable dans le pays et suscite de nombreuses inquiétudes également au sein de la communauté internationale. La menace d’une guerre plane, alors que le souvenir du conflit des années 1990 reste particulièrement prégnant dans la région.

Dans le rapport que Christian Schmidt, représentant international en Bosnie et diplomate allemand, adressa aux Nations unies (ONU) en octobre dernier, il évoquait « la plus grande menace existentielle de l’après-guerre », avec un risque « très réel » de conflit.

 

Pour tenter de décrypter la situation, l’équipe d’Euradio Bruxelles s’est rendue sur place et a multiplié les interviews à Sarajevo et à Banja Luka. 

Ces interviews dressent un portrait d’une situation tendue mais où le pire est loin d’être certain.

 

Intervenant-e-s :

Aline Cateux, anthropologue et correspondante pour le Courrier des Balkans

Nicolas Mol, historien

Elma Hašimbegović, directrice du du muséum de Bosnie-Herzégovine à Sarajevo

Mirza, guide touristique à Sarajevo  

Irfan Mandzuka, étudiant en littérature et civilisation françaises à Sarajevo

Nihad Kreševljaković, directeur du Sarajevo War Theatre


[Il n'y a pas de stations de radio dans la base de données]