Aujourd’hui en Europe – Mardi 23 novembre

Écrit par sur 23 novembre 2021

L’essentiel de l’actualité européenne du jour :

  • La Serbie accusée de violations des droits de l’homme
  • Les monopoles médiatiques enfin questionnés face à une liberté de l’information en danger
  • Une restitution d’oeuvres d’art très litigieuse entre Londres et Athènes

La Serbie accusée de violations des droits de l’homme

 

Débutons ce journal en évoquant le dernier rapport de l’ONG serbe A-11 déplorant les conditions de travail de centaines de travailleurs vietnamiens émigrés en Serbie. L’organisation pour la défense des droits économiques et sociaux accuse la société chinoise Linglong d’être responsable de trafic d’êtres humains et de ne pas respecter les conditions de travail garanties par la législation serbe.

Oui, le rapport publié par cette ONG serbe mercredi dernier a révélé de nombreuses violations des droits de l’homme, dont sont victimes plus de 500 travailleurs Vietnamiens en Serbie. La plupart sont soupçonnés d’être victimes de trafic et se retrouvent entièrement à la solde de leurs employeurs, qui leur confisquent leur papiers d’identité au moment de leur arrivée sur le territoire. De plus, l’ONG fait état de conditions de vie insalubres, au sein de casernes dépourvues de sanitaires et d’égouts.

Une situation inacceptable au regard des droits de l’homme et des ambitions européennes de la Serbie, selon certains eurodéputés.

Oui, vendredi dernier un groupe de députés européens s’est saisi des conclusions de ce rapport pour demander “une action immédiate des autorités serbes” à l’encontre de l’entreprise chinoise Linglong. L’eurodéputée Viola von Cramon-Taubadel du groupe des Verts a fait savoir qu’il était “totalement inacceptable qu’un pays candidat à l’adhésion à l’UE tolère [la présence de travailleurs issus] de la traite et de l’exploitation d’êtres humains”.

Des accusations que rejettent en bloc les autorités serbes. Le ministre des Affaires étrangères serbe considère ce rapport comme une “tentative de propagande politique” à l’encontre de la Serbie et de la Chine.

La Chine représente en effet un partenaire de poids au sein des pays des Balkans et de l’Europe de l’est, et ce notamment depuis la création, en 2012, de la coopération économique 17+1, entre Pékin et dix-sept pays de la région. Une influence économique difficile à remettre en cause pour le  gouvernement serbe. 

C’est vrai, mais cette situation commence néanmoins à être critiquée par certains leaders politiques de la région. En mai dernier déjà la Lituanie s’est retirée de cette coopération, la qualifiant de “force de division”. La semaine dernière encore, en République Tchèque, le très probable futur ministre des Affaires étrangères n’a pas hésité à qualifier certaines activités économiques de la Chine sur le territoire tchèque de menaces pour les intérêts du pays. Des prises de position qui visent à limiter l’influence économique et politique du géant chinois.

 

Les monopoles médiatiques enfin questionnés face à une liberté de l’information en danger

 

Continuons ce journal en nous intéressant aux dangers que représentent  les monopoles médiatiques en Europe, et notamment en France alors qu’une Commission d’enquête vient d’être créée par le Sénat jeudi dernier à ce sujet.

Effectivement, les sénateurs remarquent que “la presse d’information politique et générale est […] entre les mains d’un petit nombre d’hommes d’affaires et de sociétés dont l’activité principale est souvent éloignée du monde de l’information et de ses principes”.  Un état de fait dangereux pour l’indépendance des médias et son objectivité, alors que de nombreuses voix s’élèvent contre les techniques de rachat “brutales” de certains hommes d’affaires comme Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Vivendi et des chaînes de télévision Canal+ et CNews.

Et selon le centre pour la pluralité et la liberté des médias en Europe, c’est une tendance qui ne cesse de croître au sein des Etats membres. 

Dans son rapport publié en août dernier, le centre de recherche basé à Florence s’inquiète du manque de pluralité et d’indépendance politique des médias européens. En Italie par exemple,  le niveau d’influence politique sur les médias est très élevé. Si dans certains cas les politiciens sont eux-mêmes propriétaires d’une chaîne d’information, plusieurs journaux agissent également comme des partis politiques. De plus, le rapport souligne le faible niveau de pluralité du marché italien, qui reste concentré entre quelques mains seulement, et ce depuis une trentaine d’années.

Un état des lieux inquiétant pour la démocratie européenne. 

Tout à fait ! La vice-présidente chargée des valeurs et de la transparence Vera Jourova s’est d’ailleurs exprimée à la fin du mois d’octobre, au sujet du plan d’action de la Commission européenne pour la démocratie. Il a pour objectif de s’attaquer à la désinformation afin de préserver le débat démocratique. Une initiative loin d’être suffisante pour les ONG de protection des médias, qui appellent les Etats et les institutions compétentes à contrer la création de monopoles médiatiques.

 

Une restitution d’oeuvres d’art très litigieuse entre Londres et Athènes

 

Concluons cette édition en abordant le litige qui oppose Londres et Athènes au sujet de sculptures grecques exposées au British Museum. Ce sont quatre-vingt mètres de murs initialement rattachés au Parthénon qui sont aujourd’hui réclamés par le musée de l’Acropole. Une œuvre d’art dont l’acquisition légale est contestée.

En effet, bien que les frises aient été transportées par le diplomate Thomas Elgin avec l’accord officiel de l’empire ottoman en 1802, la légalité d’une telle transaction est aujourd’hui remise en cause par le gouvernement grec. Longtemps opposé au retour d’œuvres d’art dans leur pays d’origine, Boris Johnson a néanmoins rejoint le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis sur sa position en affirmant comprendre “la force des sentiments du peuple grec”.

Aucune restitution n’est pourtant à l’ordre du jour, malgré une rencontre entre les premiers ministres grecs et britanniques mercredi 17  novembre.

C’est vrai. Boris Johnson considère cette affaire en dehors de son champ de compétence, puisque reconnaissant la légalité de l’acquisition de 1802, il estime que son gouvernement n’a pas à intervenir dans ce litige. Le British Museum, bien qu’indépendant du gouvernement, est pourtant un organisme public qui est responsable de ses décisions devant le Parlement britannique.

En outre, le contentieux qui oppose les deux premiers ministres s’inscrit dans un contexte plus large de restitution d’œuvres d’art importées durant l’époque coloniale. 

Le Président français Emmanuel Macron s’était notamment engagé en 2017 à rendre vingt-six œuvres d’art pillées au Bénin. Une promesse finalement tenue le 10 novembre dernier, qui constitue l’une des premières restitutions par la France de bien acquis de manière illégitime pendant les guerres de colonisation.

 

Photo : Kyri Sarantakos


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