Regards des territoires – Avec Romy Karier

Écrit par sur 22 février 2021

Dans le cadre d’un partenariat avec le Comité européen des régionseuradio suit de près le travail de cette assemblée consultative, qui regroupe plus de 300 élu·es locaux et régionaux des 27 États membres de l’UE.

Pour cette nouvelle émission, nous recevons Romy Kariermembre du Conseil municipal de la ville de Clervaux (Luxembourg).

Elle est également membre du Comité européen des Régions au sein du groupe EPP (European People’s Party). Elle est engagée dans la Commission de la citoyenneté, de la gouvernance et des affaires institutionnelles ‎ et extérieures  (CIVEX) et la Commission de la politique sociale, de l’éducation, de l’emploi, de la recherche et de la culture (SEDEC).

A ce titre, elle participe à la 142è session plénière du Comité et est la rapporteuse d’un projet pour “Soutenir l’emploi des jeunes, renforcer la garantie pour la jeunesse”, qu’elle nous présente dans cet interview.

Pour commencer, comment le Luxembourg traverse cette période inédite ?

“Actuellement au Luxembourg on a différentes restrictions, qui changent tout le temps (…) C’est pas évident, comme dans toute l’Union européenne”.

Comment voyez vous la population luxembourgeoise, inquiète, fataliste, résignée ?

Pour l’instant je dirais qu’on tient encore le coup, mais on entend de plus en plus que les gens aimeraient revenir à une situation normale. C’est un peu comme chez les autres, après une année, on voit que les gens aimeraient revenir à ce qu’ils ont connu avant. C’est peut-être aussi la période hivernale qui fait que la situation est beaucoup moins bien supportée que pendant l’été.

Il y a une catégorie de la population qui souffre énormément de cette situation, c’est bien sûr la jeunesse. Vous lui avez d’ailleurs consacré un avis au Comité européen des régions, intitulé “Soutenir l’emploi des jeunes, renforcer la garantie pour la jeunesse”.

Pouvez -vous nous expliquer de quoi s’agit-il ?

La garantie jeunesse est un programme européen qui a été lancé le 22 avril 2013 pour lutter contre le chômage des jeunes lors de la dernière crise économique. Lorsqu’un jeune devient éligible après avoir perdu son emploi ou quitté l’école, il peut s’inscrire à ce programme.

La garantie pour la jeunesse a pour objectif de veiller à ce que tout jeune inscrit à ce programme se voit proposer un emploi de qualité, une formation, un apprentissage ou un stage dans les 4 mois qui suivent son inscription.

Et tout cela alors que le taux de chômage des jeunes dans l’Union européenne a atteint 17,8%, beaucoup plus qu’il y a un an, juste avant que la crise sanitaire commence…

Oui tout à fait. Par rapport à l’année dernière, le chômage des jeunes a augmenté de 5% ou plus dans 9 Etats membres de l’Union européenne. Alors qu’en Irlande, Estonie, Lituanie et en Espagne, le chômage des jeunes a augmenté d’au moins 10% par rapport à l’année précédente. En novembre 2020, plus de 3 millions de jeunes étaient au chômage dans l’Union européenne, selon Eurostat. Et le taux de chômage pourrait même être encore plus élevé car l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a constaté que de nombreux jeunes ne cherchent pas d’emploi pendant la pandémie et ne sont donc peut-être pas encore inclus dans les statistiques officielles du chômage.

Et concrètement, comment faire pour que cette garantie jeunesse puisse être mise en place rapidement de façon efficace ? Et comment les jeunes pourront-ils y recourir ?

Nous avons proposé d’importantes améliorations à la garantie pour la jeunesse, le conseil également, telles qu’une nouvelle structure, plus cohérente et divisée en 4 phases distinctes. Une attention accrue est donnée aux jeunes qui ne travaillent pas et ne suivent ni étude, ni formation depuis longtemps. Les éléments inclusifs sont également renforcés. La tranche d’âge des bénéficiaires est élargie pour inclure les jeunes âgés de 25 à 29 ans. Eligibles sont désormais les jeunes âgés entre 15 et 29 ans. Cela permet de toucher un plus grand nombre de jeunes.

Nous le Comité européen des régions, nous sommes très satisfais de cette expansion car elle tient compte d’une proposition antérieure de notre Comité.

Les fonds alloués à ce programme vont-ils être suffisants ?

Effectivement, nous avons proposé d’augmenter l’aide financière que l’Union européenne fournit pour lutter contre le chômage des jeunes. Et nous déplorons qu’au programme 2021-2027 du Fonds Social Européen plus, la part qui est allouée pour soutenir la garantie pour la jeunesse n’ait pas été sensiblement augmentée, malgré le fait que la pandémie de covid-19 ait fait augmenter le chômage des jeunes dans tous les pays de l’Union européenne.

Le montant alloué aux jeunes restera autour des 6 milliards d’euros pour 7 ans, comme ce fut le cas antérieurement. Nous considérons qu’il est nécessaire d’augmenter le soutien financier aux Etats membres et régions accusant un retard de développement, qui, en plus d’afficher des taux de chômage des jeunes élevés, subissent actuellement de fortes contraintes budgétaires.

Prenons l’exemple d’un jeune en difficulté, pour avoir accès à cette garantie jeunesse, comment doit-il s’y prendre?

Il peut s’inscrire directement auprès des agences de travail. Nous avons également proposé des mesures de mise en oeuvre pour les différentes phases de la garantie jeunesse, comme par exemple, en ce qui concerne la nécessité de généraliser les procédures d’inscription en ligne dans les agences pour l’emploi.

Ce que vous demandez dans votre avis, c’est également que les régions et autorités locales soient associées de très près à toute cette politique de jeunesse. Vous déplorez parfois que la politique de l’Union européenne en faveur des jeunes soit trop centralisée.

Oui en effet. Nous disons : si nous sommes écoutées, les régions et autorités locales peuvent apporter une contribution importante dans la lutte contre le chômage des jeunes à tous les niveaux politiques. Nous devons intensifier nos efforts, et travailler main dans la main dans cette période de crise.

Nous estimons que la mise en oeuvre effective de la garantie jeunesse devrait déboucher sur des emplois tables et durables. Cet objectif peut être atteint grâce à la qualité des partenariats, la solidarité et la coordination entre les services publics de l’emploi – qui sont les principaux fournisseurs de la garantie pour la jeunesse – et l’ensemble des parties prenantes, notamment les collectivités locales et régionales.

Interview réalisée par Ulrich Huygevelde

© European Union / Patrick MascartCC BY-NC-SA 2.0, via Flickr

Pour retrouver tous les invité.e.s du Comité européen des régions, rendez-vous ici


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