Aujourd’hui en Europe – Mardi 13 octobre

Written by on 13 octobre 2020

Grèce et Turquie se disputent la recherche d’hydrocarbures au large de l’île grecque de Kastelorizzo; au Nord Est de l’Europe, les Lituaniens élisent en deux temps, les 11 et 25 octobre, leurs parlementaires; en France, la CNIL demande à tous les acteurs français de cesser de confier la gestion des données personnelles des Français à des entreprises américaines.

Pour commencer dirigeons-nous vers l’Est de la méditerranée. On va s’intéresser à la politique étrangère de la Turquie. Recep Tayyip Erdogan, le président turc, semble déterminé à promouvoir ses intérêts dans la région, quitte à s’aliéner les Etats européens. Lundi, la Turquie a repris l’exploration à la recherche d’hydrocarbures dans des eaux contestées par la Grèce, alors que cela avait déjà causé de graves tensions en août et en septembre. Pouvez-vous nous expliquer sur quoi porte exactement la dispute entre la Grèce et la Turquie ?

Le fameux navire d’exploration turc a pour nom Oruç Reis, version turque de Barberousse, du nom de ce corsaire ottoman connu pour ses faits d’armes contre les Espagnols au 15e et 16e siècles. La zone de recherche est potentiellement riche en hydrocarbures et constitue une pomme de discorde en Ankara et Athènes.

Les deux Etats se disputent ces eaux étant donné que l’île grecque de Kastelorizzo se trouve à deux kilomètres des côtes turques. Chacun clame sa souveraineté sur la zone. Du 10 août à la mi-septembre, la Turquie avait déjà déployé ce navire et une montée des tensions avait eu lieu entre les deux pays, faisant craindre un conflit militaire. Ce n’est que sous la menace de sanctions européennes et les efforts diplomatiques de l’Allemagne que la Turquie retira son navire et entama un dialogue avec la Grèce.

Une situation qui semble se tendre à nouveau. La Turquie semble déterminée à reprendre l’exploration énergétique.

Tout à fait, et les deux camps s’accusent mutuellement de ne pas vouloir dialoguer. Mercredi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, se rend à Ankara pour discuter notamment de cette situation. La Grèce et Chypre comptent faire valoir leurs intérêts au prochain sommet des chefs d’Etat européens, jeudi et vendredi.

Vous avec mentionné Chypre, qui est aussi impliquée dans cette dispute en raison du fait que la Turquie mène des recherches près de ses côtes également. C’est un enjeu électoral surtout qui alimente aujourd’hui les tensions entre Ankara et Nicosie ?

Oui, il faut savoir que l’île est divisée en deux parties, la partie sud, Chypre, Etat membre de l’Union européenne et soutenu par la Grèce. La République turque de Chypre du Nord, Etat seulement reconnu par la Turquie. Cette entité a déclaré son indépendance en 1974 suite à tentative de rattachement de toute l’île à la Grèce. Depuis, la Turquie maintient une présence militaire.

Le premier tour de l’élection présidentielle de Chypre du Nord s’est tenu dimanche. L’actuel Premier ministre Ersin Tatar est arrivé en tête du premier tour, avec 32%. Il est ouvertement soutenu par le président turc, Erdogan. Surtout, le premier ministre Ersin Tatar a annoncé la réouverture de la ville de Varosha. Cette ville fantôme, symbole du conflit entre les deux Chypres, avait été déclarée zone tampon par une résolution de l’ONU. Une initiative critiquée, notamment par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, et surtout considérée comme une tentative supplémentaire de la Turquie d’asseoir son influence dans la région.

Tournons-nous vers le Nord-Est de l’Europe ! Un scrutin important s’est déroulé en Lituanie dimanche. Les Lituaniens élisent en deux temps, les 11 et 25 octobre leurs parlementaires. Quel a été le résultat de ce premier tour, qui visait à élire une partie seulement des députés ?

Tout à fait, le parlement lituanien, le Seimas, est composé de 141 députés. Dimanche, les électeurs en ont élu 73, et dimanche 25 octobre, les 68 restants seront choisis lors d’un deuxième tour. L’Union de la patrie-Chrétiens-démocrates, parti conservateur est en tête avec 23 sièges. Il est suivi par l’Union des Paysans et des Verts, parti de centre-gauche, qui a remporté 16 sièges. L’Union de la patrie-Chrétiens-démocrates devraient faire alliance le parti de la liberté, force libérale, qui a obtenu 8 sièges.

Traditionnellement, le second tour joue souvent en défaveur des conservateurs. C’était déjà le cas en 2016, où le rapport s’est inversé entre les deux tours.

Le vote a fait l’objet d’aménagements particulier en raison de la situation sanitaire actuelle ?

Oui, le vote anticipé a été prolongé de quatre jours en amont du scrutin dimanche. Les équipes de la Commission électorale ont été récemment renforcés pour faire face à ce défi. Les conséquences socio-économiques de la pandémie, comme l’augmentation du chômage, constituent d’ailleurs l’une des principales critiques faites à l’égard du gouvernement sortant.

Terminons-nous maintenant par un point sur la protection des données. Que se passe-t-il donc en ce moment, Victor, en France ?

La semaine passée, vendredi, la CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés a rendu un avis important. Elle demande à tous les acteurs français de cesser de confier la gestion des données personnelles des Français à des entreprises américaines. Cet avis s’inscrit dans une procédure au Conseil d’Etat qui vise à annuler un décret du 21 avril 2020. Au plus fort de la pandémie, ce décret a permis la création du Health Data Hub, une plateforme qui regroupe les données de santé des français, données qui sont hébergées par Microsoft, la société d’informatique américaine. L’octroi de ce marché à Microsoft s’était d’ailleurs fait sans aucun appel d’offres.

Cet avis s’inscrit dans un tournant au niveau européen en matière de protections des données. L’Union européenne veut davantage assurer sa souveraineté numérique.

Cet avis de la CNIL fait suite à l’annulation du « Privacy Shield », en français Bouclier de vie privée, par la Cour de justice de l’UE. Ce mécanisme permettait le transfert de données entre l’UE et les Etats-Unis. L’enjeu va bien au-delà des données de santé. Le risque est bien connu et documenté. Les services de sécurité américains, comme la CIA, s’arrogent depuis de nombreuses années un accès aux données hébergées par Facebook, Apple, ou Microsoft. C’est d’ailleurs ce qui avait été dénoncé par lanceur d’alerte américain, Edward Snowden, en 2013.

En effet, en matière de vie privée, les Etats-Unis prennent quelques libertés !

Victor D’Anethan – Thomas Kox


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